La Charte de l’Art Equitable
  1. L’homme est créateur, et l’Art, en tant qu’il garde l’homme en contact avec son âme créatrice, représente un moyen privilégié de son accomplissement dans le Monde.
  2. La politique, la science et l’économie sont des créations de l’esprit humain, et doivent être des instruments au service de son développement. L’Art n’est donc ni un outil de résistance contre le système, ni un simple sous-produit de ce dernier : il a autant le pouvoir de transformer l’économie qu’il peut être transformé par elle.
  3. L’artiste, comme tout individu, vise à devenir un être complet. Dans un contexte où domine une logique de division qui réduit les hommes et les femmes à des fonctions limitées, cela suppose une résistance active et un refus de toute forme de compartimentation. Par conséquent, l’artiste doit aspirer à avoir le plus d’autonomie possible. Il ne doit pas se contenter d’être un auteur, mais doit autant que possible s’instituer comme producteur et directeur de sa propre carrière, dans un processus d’apprentissage constant. Afin de servir cet idéal d’autonomie personnelle, il est souhaitable que les artistes se regroupent et se coordonnent pour organiser des événements et défendre collectivement leur indépendance.
  4. Un groupe doit comprendre les relations harmonieuses entre les parties qui le composent s’il veut survivre et prospérer. L’artiste n’est pas un élément extérieur du groupe humain, et il en fait partie intégrante : et tout comme l’artiste est responsable de son œuvre et du rôle qu’elle peut avoir dans la société où il se trouve, le groupe doit valoriser l’art, comprendre qu’il est source d’équilibre individuel et social et par conséquent, respecter l’artiste comme un créateur de valeur à la fois spirituelle et économique. Par ailleurs, en tant qu’il peut à la fois exprimer la singularité la plus absolue et représenter un lien universel entre les hommes, l’art doit être reconnu comme un moyen privilégié de créer des intersections productrices de valeur entre différents domaines de l’activité humaine et entre des individus envisagés dans leur plus grande diversité.
  5. L’art est un produit spontané de l’âme humaine. Il incarne une vérité vécue, singulière et irréductible. Par conséquent, la liberté créatrice de l’artiste ne doit jamais être entravée ou influencée par un quelconque pouvoir, qu’il soit politique ou économique. Quiconque tire parti de la fragilité économique des artistes dans un but de spéculation endommage quelque chose d’essentiel en eux et en lui-même.
  6. L’existence d’une mainmise financière sur la production artistique contredisant son épanouissement, il est souhaitable qu’il existe une diversité de marchés et de systèmes d’évaluation pour fixer le prix des œuvres d’art. Ces systèmes doivent autant que possible faire intervenir une diversité d’acteurs : critiques professionnels, mais aussi amateurs ainsi que le plus large public, ce afin d’éviter toute forme de monopole. De la même façon, il est souhaitable que les événements qui rythment la vie artistique au niveau local, national et international respectent le principe dit de subsidiarité, qui veut que toute action collective doit être organisée par la plus petite entité capable de le mettre en place elle-même (les artistes, leurs réseaux, les acteurs des pouvoirs publics locaux, etc.) et faire le moins possible intervenir des intermédiaires ou des forces économiques et politiques d’un rang supérieur.
  7. L’artiste faisant partie d’un écosystème global, il doit autant que possible travailler selon les principes du développement durable, en choisissant des matériaux non polluants et respectueux de l’environnement.